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Jean Daniel « Le voyage » à Timimoun

2006 : L’éditorial de Jean Daniel « Le voyage » Quelques géants, lassés d’un combat évidemment titanesque, plantent leurs épées dans le sol flamboyant de leurs gigantesques espaces et peuplent ainsi, pendant leur pause, les oniriques et fascinants paysages du Tassili saharien.

Telle est la légende et, sur place, on se dit que telle doit  bien être la vérité. C’est après cette pause, sans doute, que sont apparus les gorges et les canyons, les menhirs démesurés et les stalagmites monstrueuses, les statues de l’ile de Pâques et les châteaux forts de Massada, les Pantagruel de roche et les Gulliver de granit. On découvre que les pharaons ont voulu imiter, en Egypte, trois mille ans avant notre ère,  des pyramides, des sphinx et des statues que la nature avait sculptés des millions d’années avant eux. Etranges ruines d’un passé mythique ou témoins spectaculaires de la naissance du monde. On a compris, je pense, qu’il ne s’agit pas là d’un voyage comme bien d’autres mais du voyage, de celui qui est, à la lettre, le plus dépaysant, le plus susceptible de faire  basculer dans un univers cosmique.

Une autre manière, en somme, de voyager sur la planète Mars.
Les Algériens, sur place, se  sont réapproprié leur Sud, leur Sahara, le plus grand désert du Monde. Ils parlent autant en termes de temps que d’espace. Leurs jeunes archéologues jonglent avec des millions d’années et leurs administrateurs se déplacent tous les jours à 500 et 1000 kilomètres de leur base. J’ai vécu l’envoûtement subtil des charmes de la Tunisie, l’imposante et altière majesté marocaine. J’ignorais que ma turbulente, souffrante et libre Algérie fût dotée de cette dimension de Far West lunaire.

L’expédition, organisée par la Fondation Déserts du Monde, avait commencé par la résidence pendant quelques jours dans les fabuleuses dunes de Timimoun, à plus de 2000  kilomètres de Djanet, où je me suis ensuite rendu. Il y a un roman de Rachid Boudjedra qui porte le nom, « Timimoun » (1) de cette ville ensablée et ardente, si froide la nuit, gelée même, où  le Bleu nocturne a parfois du mal à se frayer une place entre les étoiles. Les poètes et les cinéastes y tenaient un festival. La Fondation avait organisé un circuit parmi les foggaras, ces systèmes d’irrigation qui remontent à l’Antiquité, et un autre sur la route des ksours, ces ruines de forteresses jaillies comme des dessins de Victor Hugo sur lesquels, à certaines heures du jour, un Delacroix eût négligemment jeté d’éphémères couleurs. Au cœur du plus vaste désert du monde, animée par le ministre Chérif Rahmani, inlassable et imaginatif Jack Lang de l’Algérie, la Fondation arrive à faire oublier la simplicité encore rudimentaire des équipements d’accueil grâce à toutes les magies de l’hospitalité.
 
 
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